Paris VIe arrondissement, Palais du Luxembourg, garde à l’entrée, service d’accueil tatillon, le Sénat a tout du lieu imposant de la République. Installé juste à côté, dans une brasserie, devant un café, le présentateur d’Un monde de bulles, revient sur la genèse de cette émission atypique, “pendant plusieurs mois, j’ai tanné Jean-Pierre Elkabach, le président de la chaîne, pour faire une émission sur la bande dessinée, mais ça ne l’intéressait pas, il n’en avait jamais lu.” Tout démarre fi nalement quelque temps plus tard grâce à un thème manquant dans le programme présenté par le patron de l’antenne, Bibliothèque Médicis. “Une semaine avant le tournage, il m’appelle en catastrophe en me proposant de parler de BD, se remémore Jean-Philippe. Je ne connaissais personne dans le milieu, j’ai donc pris l’annuaire pour contacter les attachés de presse. Nous avons pu réunir un beau casting, avec Moebius, Tardi, Sfar ou Satrapi. Pour l’émission, j’étais aux côtés de Jean-Pierre, pétrifi é.” Résultat, la thématique jouit d’un très bon buzz et valide l’intérêt des téléspectateurs pour le neuvième art. “Elkabach, qui a toujours du fl air, a senti qu’il se passait quelque chose,” souligne l’animateur. TAISEZ-VOUS, ELKABACH ! La suite a tout de l’improbable surprise. Jean- Philippe Lefèvre se remémore l’histoire, amusé :

 

En janvier 2005, lors d’une conférence de presse, Jean-Pierre Elkabach annonce le lancement d’une émission sur la BD présenté par moi. J’étais blême, pas du tout au courant. Il a fallu sortir le programme en deux semaines, il n’y avait rien. Beaucoup d’attachés de presse se sont foutus de moi, les trois quarts ne m’ont pas répondu au début.” N’ayant encore jamais fait d’antenne, l’intéressé démarre ainsi en duo, avant d’officier seul aujourd’hui pour recevoir en plateau ou en extérieur les auteurs et illustrateurs, “à l’origine, j’ai coprésenté avec Cyril Zha qui est parti chez France 2, puis avec Corinne Vaillant qui apportait une touche de féminité. Elle est depuis devenue

rédactrice en chef de

 

Koh-Lanta”. En janvier 2010, Un monde de bulles fêtera ainsi ses 5 ans, une durée dans le PAF que n’aurait jamais imaginé son créateur, qui affi che des scores conséquents avec plus de 200 émissions pour près de 1300 interviews. “Je ne pensais pas être encore là après autant de temps. Cette durée s’explique par la confi ance et la liberté totale que j’ai. Je peux parler de tout et faire des émissions spéciales, comme sur l’écologie ou sur les violences conjugales.” Animateur enjoué, enthousiaste, voir fanboy à certains moments, Jean-Philippe Lefèvre sait qu’il irrite autant qu’il peut plaire : “Mon style a permis de trouver un public, il se fait peu  en télé où les présentateurs sont souvent calibrés. Je suis bien conscient que je peux agacer, mais je voulais quelque chose de nature. Certains me reprochent également mon tutoiement, mais à la base, la chaîne traite de l’information politique, c’est important d’aérer l’antenne de cette manière, d’attirer d’autres téléspectateurs”. Si Jean-Philippe Lefèvre est l’homme-orchestre d’Un monde de bulles, son rôle sur Public Sénat ne s’arrête pas là. “L’émission représente 30 % de mon travail quotidien, même si ce n’est jamais fi xe. J’ai des monteurs qui travaillent seuls également. À côté de ça, je suis directeur adjoint de l’antenne, je gère ce qui est diffusé et je m’occupe des directs politiques pour tous les partis. J’aime être à fond dans l’un des deux.” Un rôle au sein de l’antenne qui s’est développé au fur et à mesure. “Je suis rentré chez Public Sénat comme journaliste reporter d’images. Elkabach cherchait alors des petits jeunes pour apporter un regard différent sur la politique. Lancer cette chaîne à l’époque était de l’ordre de l’impossible, il fallait vraiment de l’énergie. Début 2004, il m’a proposé de devenir délégué de l’antenne. Je devais regarder tout et apporter un regard neuf sur les programmes pour préparer notre arrivée sur la TNT, nous ne voulions pas nous louper. Je dois tout à Jean-Pierre Elkabach, il est un repère pour moi dans le métier.”

L’autre repère de Jean-Philippe, à la fois dans le journalisme et dans la bande dessinée est son père, “

 

 

c’est un passionné de Tintin, il est d’ailleurs devenu grand reporter grâce à ça. Mon père est un pur geek de Tintin, il achète toutes les voitures qui sortent sur cet univers.” Si le père est un adorateur du reporter à la petite houppette, le fi ls lui est un inconditionnel du plus connu des fainéants à pullover

vert. “

 

J’ai commencé à lire Gaston Lagaffe à l’âge de 5-6 ans. La petite souris m’offrait un album pour chaque dent, c’était ça ou un bonhomme de La Guerre des étoiles.” Pas de doute, avec Gaston, la madeleine de Proust de Lefèvre est mise à jour, “j’ai encore mes albums de Gaston avec de vieux morceaux de BN à la fraise collés dedans.” Le sourire jusqu’aux oreilles, le présentateur ne tarit pas d’éloge pour son créateur André Franquin qu’il aurait aimé pouvoir interviewer, “ce salopard est mort ! Pour moi, c’est un des plus grands génies de l’écriture. Je le mets sur le même piédestal que Jacques Prévert ou Roald Dahl. Franquin, c’est ma religion, mon Messie, il a ouvert la mer et j’ai vu Gaston au bout.” Une passion que le présentateur compte mettre en scène un jour ou l’autre dans le programme, “comme nous avons un partenariat avec l’INA, je pense faire un jour une interview de Franquin avec des images d’archives.”

 

 

 

Après 5 ans d’existence, Jean-Philippe Lefèvre est loin d’être blasé sur l’univers qu’il ausculte toutes les semaines, “c’est un milieu incroyable, le seul que je connaisse où il n’y a aucune grosse tête. Certains auteurs sont des stars dans plein de foyers, mais ils restent zen. J’y ai fait de belles rencontres comme le galeriste Daniel Maghen qui est devenu un de mes meilleurs amis.” Plein d’idées, l’homme mise sur l’ouverture, “je fais en sorte que l’émission s’élargisse dans ses sujets, nous parlons maintenant des livres jeunesse, de l’illustration, des graffeurs ou des liens qu’entretient la bande dessinée avec les arts contemporains. Pour moi la BD est aujourd’hui un art majeur, sans tabou et frontières, où des écrivains, peintres et cinéastes viennent s’exprimer en toute liberté.” La tête déjà à ses prochaines émissions, qui le mèneront au Japon pour trois numéros en début d’année prochaine, Lefèvre résume son credo pour son émission, “si je peux donner le goût pour la bande dessinée, qu’elle soit mieux considérée, je serai le plus heureux des hommes. Je n’oublie pas

que je ne suis qu’un présentateur, la star, c’est les auteurs

 

.” Et pour fi nir cet entretien, rien de mieux que de reprendre la phrase mythique du début de son émission, annonçant Un monde de bulles comme la seule émission intergalactique sur la BD, une affi rmation pas totalement vraie, avec des programmes moins connus sur le sujet existant sur diverses chaînes, comme sur Nolife. Amusé, Jean-Philippe admet ne pas les connaître, “mais je prends l’engagement d’en parler !”.

 

Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /Déc /2009 11:17
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